


DEVENIR L’IMAGE
Tracé des Arts 2026
Pour cette exposition, j’ai transformé mon garage en maison de poupée grandeur nature, un écho aux cabanes de mon enfance. Derrière une façade aux traits naïfs, le textile envahit les murs, les meubles et les corps.
Ma démarche artistique consiste à aller vers l’essentiel. Je simplifie mon dessin pour n’en retenir que les formes essentielles. Les aplats de couleur prolongent ce travail d’épure : le trait et la couleur suffisent à faire naître une présence, à laisser une place au regard et à ce qu’il imagine.
Une femme se confond avec les motifs, jusqu’à devenir elle-même tapisserie.
Sous les couleurs et la légèreté du décor se glisse une question : à force d’habiter les rôles que l’on nous attribue, finissons-nous par disparaître du regard des autres ?
Huit portraits traversent huit décennies de la vie d’une même femme. Les coiffures et les vêtements changent, mais le visage demeure.
Ce visage qui ne vieillit pas représente ce que le miroir ne montre pas : une présence intérieure, des désirs, des rêves, une vie qui continue de chercher sa place.
Le corps se transforme. Le regard social aussi. Pourtant, aucun âge ne devrait décider de ce qu’une femme peut encore être ou désirer. Et chacune devrait pouvoir habiter son apparence librement, avec ou sans artifices, sans honte ni jugement.
Sur les foulards, les portraits s’entrelacent et les décennies se mêlent.
Les couleurs passent de l’une à l’autre comme nos états d’âme : plusieurs facettes d’une seule personne, jamais tout à fait saisissable dans une image.
Devenir l’image invite à regarder celle que le décor semble absorber. À reconnaître, derrière le reflet qui change, la femme qui l’habite.
Le temps transforme notre image, mais il n’efface pas celle qui l’habite.
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